Témoignage sur la fabrication de la Farine Misola

par Lydie Onnie Todoukou Robinson au Nord Cameroun (par Domitille Dupont, ancienne coopérante à Maroua)

Lydie est venue me retrouver pour quelques jours à Maroua lors de mon voyage au Nord Cameroun en novembre 2005. Elle est l'amie camerounaise avec qui je vivais là-bas lorsque j'y travaillais comme coopérante de 2000 à 2002 ; elle est presque une petite sœur pour moi.

Lydie habite à présent le village de Touroua, près de la frontière avec le Nigeria, à plus de deux cent kilomètres de là (1). J'habite en Normandie près de chez François Laurent, qui m'avait demandé de lui ramener si possible un paquet de farine Misola.

 
Lydie m'a proposé en toute simplicité de fabriquer elle-même un peu de farine, car elle a l'habitude de la préparer au Centre de Santé de Touroua où elle travaille depuis plus d'un an. Cette farine y est utilisée pour nourrir les enfants, surtout lorsqu'ils présentent des signes de malnutrition.

Elle a appris comment fabriquer la farine Misola en bonnes proportions lors de stages organisés à Garoua pour les aides soignantes du Nord Cameroun. A présent, elle passe le relais en enseignant sa fabrication aux femmes qui continuent à préparer la farine chez elles.

Lydie, son fils Ramsès et moi sommes donc partis pour le marché local, avec en tête les proportions pour fabriquer suffisamment de farine pour tous les enfants de la famille d'accueil de Ramsès : il nous fallait 3 tasses d'un kilo de mil rouge, 1 tasse de soja, 1 tasse d'arachide et 1 tasse de sucre (1 tasse = 1kg).(2). De retour du marché, les enfants ont aidé à laver, griller puis vanner le mil rouge, le soja et les arachides. il ne restait plus qu'à faire le mélange des trois ingrédients(3) et à les écraser, avant de tamiser la farine, d'ajouter un kilo de sucre (2) et une cuillère de sel. Nous avons ensuite mis la farine dans des sachets pour la conserver.


Le soir même, l'appétit venant, nous avons utilisé cette farine pour préparer la boule de mil, base de tout repas au Nord Cameroun.

Pour la bouillie suffit   d'ajouter à la farine de l'amylase, faite en écrasant du mil germé. Cela permet de liquéfier le mélange sans ajouter trop d'eau, ce qui est préférable pour le corps de l'enfant. Ensuite, on prépare la boule comme d'habitude.(4)

 
D'après Lydie, beaucoup de gens apprécient cette farine qui peut se préparer avec les céréales cultivées dans leurs champs, échangées avec des voisins ou achetées sur le marché local. A Touroua on produit donc la farine au Centre de Santé, ou chez soi. Dans d'autres villages, à Lara par exemple, il y a aussi un centre de production pour la farine Misola.
Une personne de l'association ACDEV (ONG Action et Développement) m'informe par ailleurs qu'un peu au nord de Maroua, les femmes du village de Douroum préparent une version « locale » de la farine Misola. Il n'y a pas de culture du soja, et elles n'ont pas d'argent pour en acheter sur le marché ; alors, bien que la valeur nutritionnelle soit inférieure à celle du soja, elles le remplacent par du haricot blanc, le nyébé,(5) que l'on trouve facilement ici.

Notes : Ce texte n'a pas été modifié mais appelle quelques remarques ou précisions: de Xavier LAURENT      

xalaumisola@yahoo.fr

(1) 200 km au sud de Maroua

(2) pour 3 kilos de mil il suffit d'un demi kilo de sucre (10%)

(3) Il est plus simple de mélanger le sucre avant de passer au moulin

(4) On peut effectivement faire la « boule » avec Misola. C'est assez épais

    Pour la bouillie on obtient la liquéfaction en ajoutant l'amylase de malt  après la cuisson de la bouillie.

    On peut ajouter, comme indiqué, l'amylase de malt AVANT de cuire mais il faut alors beaucoup de ce malt (10 à 20%)

(5) Le nyébé (en langue peuhl)  est un haricot. Il est bien moins digest que le soja mais cette question n'est pas vraiment essentielle, bien qu'importante. Ce qui est essentiel c'est de bien utiliser l'amylase de malt pour liquéfier les bouillies très épaisses sans utiliser trop d'eau.
Deux verres d'eau suffisent pour un verre de farine (100 ml). La bouillie cuite est alors liquéfiée par trois pincées de malt.

vers 2006-10-29-01